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SESSION 14
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Saintes — Ilot de l'Arc de Triomphe

réalisation architecturale

Chantier

En juillet 1998, un contrat de maîtrise d’oeuvre pour la « requalification du secteur arc de Triomphe », et la construction de soixante-quatre logements, est finalement signé. Les étapes habituelles suivent et aboutissent à un avant-projet détaillé où s’affinent les données économiques.Après un appel d’offres infructueux, et le passage à une procédure de marché négocié, le chantier débute en 2000.

De chantier, il faut parler au pluriel puisque l’opération donne lieu à vingt-neuf permis de démolir et onze permis de construire, correspondant à autant de parcelles, elles-mêmes divisées en de nombreuses propriétés.
Les travaux de démolition durent 6 mois, et commence par la dépose de l’ensemble des constructions, murs et habitations obsolètes, le curage des édifices à rénover, et le déblaiement nécessaire au rétablissement du débouché des venelles sur rue. L’ampleur de ces démolitions pose d’emblée la question du devenir des matériaux récupérés, principalement les moellons et les pierres taillées. Cette contrainte devient rapidement, pour les architectes, une opportunité économique, technique et plastique. Il semble en effet que la reconstruction de l’îlot à partir de sa propre substance peut solutionner l’évacuation et le stockage des pierres, valoriser le savoir-faire des entreprises locales et apporter un surcroît de qualité aux constructions à venir. Le site est alors envisagé comme une carrière, perpétuant en cela un usage fort ancien. Les pièces exposées au lapidaire tout proche, témoignent que la ville
de Saintes s’est toujours bâtie grâce au réemploi de pierres anciennes. Ainsi, au IVe siècle, le rempart de la ville fut édifié à l’aide des blocs d’architecture civile et funéraire hérités d’époques passées ; rempart, dont la démolition à partir du XVIIe siècle a en retour fourni la ville en matériaux de construction.
 


Le chantier de construction commence en mars 2002, pour une durée de 30 mois. Les architectes élaborent un seul et unique marché pour les bâtiments et l’espace public, mais doivent en réalité faire face à une multitude d’opérations qui portent au final sur dix-sept bâtiments et trente typologies différentes. On compte la réhabilitation de nombreux édifices anciens, la construction de cinq maisons et trois immeubles neufs, et la réalisation de l’ensemble des espaces publics. La cohérence technique du projet doit ici beaucoup à Laurent Berger, jeune ingénieur de Setec TPI, associé au projet dès la phase concours. Après des années d’études préparatoires, l’investissement des architectes sur le chantier ne faiblit pas –Ludovic Scoepen assure avec énergie le suivi sur place. Ils sont confrontés à de nombreux cas d’espèce et peuvent difficilement rentabiliser leurs efforts. Leur tache est rendue plus ardue encore par un phasage complexe, dû à des livraisons anticipées. Le coefficient de complexité de l’opération peine à rendre compte de leur engagement ; on touche ici aux limites d’une rétribution forfaitaire de la maîtrise d’oeuvre. Les entreprises ne sont pas en reste, accomplissent une tâche remarquable et démontrent leur savoir-faire, notamment dans le travail de la pierre. Les architectes ont en effet la chance de pouvoir s’appuyer sur des professionnels avisés, qui comme André Grelier, maçon omniprésent, sont leurs mains et leurs yeux sur le chantier.
 



Cette démolition-reconstruction apparaît comme la mise en oeuvre de la théorie du diradamento, de « l’éclaircissage », professée ainsi par Gustavo Giovannoni, le grand spécialiste du patrimoine urbain : « Cet aménagement se caractérise non par l’uniformité et la régularité des voies nouvelles, mais au contraire par leur irrégularité : on démolit ici ou là un bâtiment ou un groupe de  maisons en créant à la place une placette
pourvue d’un jardin, petit poumon dans le quartier ancien, puis la voie se rétrécit pour s’élargir bientôt de nouveau, introduisant de la variété dans le mouvement et associant des effets de contraste au type urbain originel, qui conservera ainsi intégralement son caractère artistique et contextuel. On y aura seulement introduit un rayon de soleil, ouvert quelques nouvelles perspectives et fait respirer les vieilles maisons trop rapprochées. » Cette intervention parcimonieuse dans la ville existante appelle une métaphore organique : « La destruction est remplacée par un travail avisé d’adaptation, exactement comme, dans une plantation, le bon agriculteur procède à de délicats travaux d’émondages et de greffe qui permettent aux vieilles plantes de bourgeonner à nouveau. » La démarche de Thibaud Babled, Armand Nouvet et Marc Reynaud participe de cette taille douce, préalable à la renaissance du quartier de l’Arc de Triomphe.
 

Aujourd’hui, à l’approche de l’îlot depuis les rues adjacentes, rien ne transparaît du grand tumulte qui l’a parcouru. Les immeubles rénovés se distinguent avec subtilité de ceux qui ne le sont pas. Les départs des venelles, sous-porche, sont des plus discrets. Quand on s’engouffre, rien n’annonce que l’étroit goulot débouche sur un microcosme lumineux. Une plate bande vivace nous accompagne dans ce corridor de pierre, qui sinue au coeur de l’îlot. Par-dessus les murs, une végétation foisonnante fait sentir sa présence.

Les venelles desservent d’abord les édifices réhabilités qui se dressent en retrait de la rue. Si ces logements héritent d’une enveloppe, ils constituent pour chacun d’entre eux des expériences typologiques contemporaines et variées. Depuis les différents appartements, les vues plongent vers la profondeur du terrain. La grande liberté prise dans l’aménagement intérieur autorise des configurations spatiales atypiques pour de l’habitat social ; passerelles lancées entre certains bâtiments à l’étage, apparition de duplex et triplex généreux, volumes intérieurs dilatés sous les combles, etc. Plutôt que de réhabilitation, c’est de reconversion dont il faut parler.
 


Au coeur de l’îlot, chacune des maisons – destinée à l’accession à la propriété – est comme une boîte oblongue déposée derrière un mur, qui le dépasse tout juste, ne laissant apparaître depuis la venelle qu’un fi n lattis de bois en bandeau. On accède par une interruption du mur, non pas directement à la maison, mais à un petit patio, sas entre les sphères publique et domestique. Cette antichambre ouvre, derrière un grand pan vitré, sur la cuisine qui tel un tiroir, glisse hors de la géométrie parfaite de la boîte, pour prendre des vues et de la lumière, vers le jardin. D’un côté, la cuisine dessert un vaste séjour dont la volumétrie généreuse fait apparaître tout l’intérêt d’une toiture à deux pentes, sujet en son temps de d’échanges passionnés avec l’Architecte des Bâtiments de France. De l’autre côté, un corridor central mène aux trois chambres. Il révèle la profondeur de la maison, et au-delà de l’îlot. L’analogie est évidente entre la ramification du monde domestique – dehors, patio, corridor, pièces – et celle l’espace public : rue, porche, venelle, parcelle. En ces deux extrémités, la maison donne sur un grand jardin qui l’entoure, et propose ainsi, au coeur de la ville, une expérience bucolique, presque exotique.

À ses confins, le site accueille trois petits immeubles neufs deux en limite de l’îlot proprement dit, l’autre sur un terrain annexe en vis-à-vis. Ils reprennent eux aussi, dans la profondeur du parcellaire, la même séquence distributive : rue, hall, corridor ouvert, appartements, puis jardins. Rue Gautier, ils s’élèvent sur trois niveaux soulignés par des bandeaux filants, et rythmés par des percements verticaux et réguliers. Les façades sont des plus sobres, d’un enduit lisse qui accroche les reflets, quand les accès et parties communes se distinguent par d’élégants entablements de pierre. Les bâtiments s’intègrent à leur contexte par la brisure de leurs élévations, qui en plan perpétuent l’irrégularité du tracé de la rue. Ces deux édifices sont le visage de l’opération, la partie émergée de l’iceberg ; ils sont le tiers état d’une situation construite qui rassemble l’existant, le réhabilité et le neuf.


* Extrait du texte de Valery Didelon in La ville éclaircie, un parcours habité / 64 logements, Ilot de l’Arc de Triomphe, Saintes ; Europan, Untimely Books, 2005
 

étude urbaine et architecturale

A l’issu du concours dont Thibaud Babled, Armand Nouvet et Marc Reynaud sont déclarés lauréats, la situation est des plus paradoxale. D’un côté, il y a l’urgence de résoudre le problème d’insalubrité publique que pose l’îlot de l’Arc de Triomphe, et d’endiguer le départ de ses habitants – de ce point de vue, la ville avait, en participant à Europan, des visées tout à fait opérationnelles. Mais d’un autre côté, la mise en oeuvre du projet nécessite de nombreuses études préparatoires. Sous l’égide de la ville de Saintes (avec l’implication prépondérante de M. Marcel Vallet, adjoint à l’urbanisme) et du maître d’ouvrage, la Semis (Société d’Économie Mixte Immobilière de la Saintonge) dirigée par Jean-Jacques Carré, les architectes, soutenus par Europan France, s’engagent alors dans une très longue – elle durera plus de deux ans – et complexe étude pré-opérationnelle vise à intégrer l’ensemble des contraintes au projet.

Les architectes s’attellent d’abord à une fastidieuse étude foncière. Revenus dans les limites du secteur proposé lors du concours, et au gré de la politique d’achat des terrains du maître d’ouvrage, ils révisent à de très nombreuses reprises le périmètre opérationnel du projet. Jusqu’à l’avant-projet détaillé (APD), ils soumettent de nouvelles configurations, démontrant par là l’extrême plasticité de leur proposition d’origine. Grâce à la préservation et l’instrumentalisation du parcellaire historique, et à l’issue de négociations au cas par cas, il n’y a au final ni expropriation, ni remembrement.
Les architectes doivent ensuite faire face à un imbroglio réglementaire. Le site se trouve en effet à cheval sur un secteur sauvegardé et une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), ce qui entraîne nombre d’incertitudes. Au fi l d’un dialogue parfois contradictoire avec l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), l’équipe propose la mise en place d’un nouveau cadre réglementaire plus cohérent, sous la forme d’un sous-secteur du Plan d’occupation des sols (POS) ; lequel dépasse les limites de l’opération, et s’étend aujourd’hui jusqu’à l’Abbaye aux Dames. 
Les architectes se penchent aussi sur la mise hors d’eau du site, recensant les zones à rehausser. C’est l’occasion pour eux, de démontrer la grande actualité et l’efficacité du tissu historique quant à la gestion des crues de la Charente ; le système ancestral des venelles assurant très bien l’évacuation des résidents vers les zones à sec – l’observation s’avère tout autant valable pour ce qui concerne les problèmes d’incendie. 
Les architectes assistent aussi le maître d’ouvrage dans le montage financier de l’opération. Ils négocient, aux côtés de la Semis et d’Europan, avec le ministère de la culture une aide au titre de la valeur patrimoniale de l’îlot, alors que de son coté, la ville décide de subventionner la réfection des espaces publics (les venelles) qui lui seront à terme rétrocédés. Les architectes répartissent enfin, avec le maître d’ouvrage, les programmes et typologies entre logements en accession à la propriété et locatifs, bâtiments individuels et collectifs, constructions réhabilitées et neuves.
 

Pendant cette phase d’étude, le projet architectural proprement dit est mis en sommeil. Quelques décisions importantes sont cependant prises. La typologie « haute » proposée lors du concours, est abandonnée, ou du moins, repliée vers les édifices rénovés. Les jardins collectifs initialement prévus dont la gestion s’avère difficile disparaissent. L’hypothèse d’un stationnement en coeur d’îlot est rejetée, et l’option d’un parking souterrain sur un terrain hors périmètre se dessine.
Sur cette nouvelle parcelle, un petit immeuble d’habitations est projeté. En juillet 1998, un contrat de maîtrise d’oeuvre pour la « requalification du secteur arc de Triomphe », et la construction de soixante-quatre logements, est finalement signé. Les étapes habituelles suivent et aboutissent à un avant-projet détaillé où s’affinent les données économiques.

Après un appel d’offres infructueux, et le passage à une procédure de marché négocié, le chantier débute en 2000.

* Extrait du texte de Valery Didelon in La ville éclaircie, un parcours habité / 64 logements, Ilot de l’Arc de Triomphe, Saintes ; Europan, Untimely Books, 2005
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